Ashtanga Yoga

 

Ashtanga Yoga ?

Dans le panorama des divers styles de Hatha Yoga (Yoga physique) rencontrant une audience chaleureuse auprès d'un public de plus en plus large, l'Ashtanga Yoga tient une place de premier ordre.

Au delà de l'effet de mode, comme plusieurs autres styles authentiques, l'Ashtanga Yoga possède des qualités fondamentales qui font d'elle une pratique puissante qui enrichit la vie de beaucoup de passionnés.

Sa forme dynamique, moderne bien qu'inscrite dans la tradition indienne, séduit le néophyte occidental lorsque la rencontre opère.

 

UN PEU D'HISTOIRE

L'Ashtanga Yoga, parfois nommé Ashtanga Vinyasa Yoga ou Vinyasa Krama Yoga, est une forme de yoga particulièrement dynamique. Il a vu le jour dans la première moitié du vingtième siècle à Mysore, ancienne ville de maharaja dans l'état du Karnataka, au sud de l'Inde, .

L'Ashtanga Yoga a été progressivement formalisée et actualisée par l'un des grands instigateurs du Yoga moderne, Sri Tirumalai Krishnamacharya (1888 - 1989). L'histoire dit que cette forme de Yoga viendrait de la traduction par Krishnamacharya et son premier disciple, Pattabhi Joïs, d'un texte ancien nommé "Yoga Korunta" écrit par le sage Vamana. Personne n'a jamais pu authentifier cette version de la création de l'Ashtanga Yoga. 

L' Ashtanga Yoga est ainsi nommé dans une volonté d'adhésion aux principes classiques du Yoga en référence aux Yoga-Sûtras de Patanjali.
Ashto = 8, Anga = membre, Ashtanga Yoga, c'est le Yoga aux huit membres. A lire la rubrique « Yoga classique ».

Sri Krishna Pattabhi Jois (1915 - 2009), disciple fidèle, hérita de l'enseignement et de la transmission de l'Ashtanga Yoga qu'il perpétua à l'Ashtanga Yoga Research Institut (AYRI) de Mysore. Il ouvrit la discipline au monde occidental après le séjour d'André Van Lysbeth et d'autres pratiquants anglo-saxons au milieu des années 60.

Depuis la mort de Pattabhi Jois en 2009 c'est son petit-fils, Sharath, qui a pris en charge l'enseignement de l'Ashtanga Yoga à Mysore au sein d'une nouvelle entité nommée KPJAYI.

L'Ashtanga Yoga a maintenant acquis une reconnaissance mondiale, au delà des clivages culturels et religieux.


LA PRATIQUE DE L'ASHTANGA YOGA

Bien qu'imprégnées de culture hindoue la philosophie et la pratique de Yoga ne sont pas liées à une religion ou une croyance déterminée si ce n'est qu'il y a un arrière-plan métaphysique à ce monde physique. Les maîtres de cette discipline la définissent volontiers comme une science transmise depuis des millénaires et une expérience à éprouver personnellement en dehors de tout dogme.

"practice, practice, practice and all is coming" répéta inlassablement Sri K. Pattabhi Joïs.

La pratique est divisée en six séries fixes de postures enchaînées de difficulté progressive. Chaque séance débute par des salutations au soleil. Puis vient une série de postures debout. Puis la série proprement dite qui est une suite d'asanas au sol (les premières séries travaillent chacune des objectifs clairement déterminés). La séance se termine par des postures inversées et une assise avant la relaxation. Les caractéristiques définissant l'Ashtanga Yoga sont l'art du vinyasa, la respiration ujjayi, les bandhas, les dristis.

 

ASANA

On traduit généralement le terme sanskrit asana par assise, siège. En Yoga ce terme évoque naturellement la notion de posture. Une posture dans laquelle on serait bien assis intérieurement.
L'asana permet de réaliser une première unité car son premier but est de permettre au corps d'être plus perméable à l'énergie :Tout trouble du corps provient dans la perspective yogique d'un dérèglement de la circulation de l'énergie dans les corps. Ce dérèglement engendre des blocages.
La pratique des asana agit alors à plusieurs niveaux :
1/ au niveau énergétique car il fait circuler ou re-circuler l'énergie là où il y a blocage.
2/ au niveau physique, il agit sur la colonne vertébrale que les asanas maintiennent souple et élastique. La rigidité de la colonne vertébrale, c'est ce que combat d'abord le Hatha yoga. Une colonne qui perd sa souplesse signifie dégénérescence vitale progressive. La rigidité corporelle indique une vie réduite au niveau cellulaire, organique et psychique.
3/ l'asana agit sur le système nerveux neurovégétatif car il équilibre les systèmes sympathique et parasympathique, sur le système endocrinien et sur les organes internes tout autant que sur les muscles, la respiration, la circulation, et ce par compression, étirement, stimulation, décongestionnement et irrigation accrue du cerveau (d'où l'importance des postures inversées qui irriguent le cerveau).
4/ il agit aussi au niveau mental et émotionnel en réinstaurant la confiance en soi, le sentiment d'unité, un rapport pacifié avec soi-même et le monde.
Par ailleurs, on sait que chaque partie du corps est en lien avec une contrepartie psychique (ou vice versa). Certains yogis disent qu'en cas de maladie ou de douleur, la région physique atteinte révèle la résistance d'une partie psychique. Il suffit donc de connaître ou, mieux encore, de retrouver par son écoute durant la pratique, les correspondances entre les régions physiques et psychiques pour connaître la cause psychique de la maladie ou de la raideur. Ainsi la cage thoracique, par exemple, est étroitement reliée à la confiance en soi. Une cage thoracique repliée, étriquée, est fermée à l'énergie et reliée à la timidité, à une tension intérieure et l'angoisse.
Le travail de coordination entre le mouvement et la respiration alliée à la concentration aboutissent avec le temps à une décontraction physique maximale et à la stabilité mentale et émotionnelle. Lorsque la décontraction maximale est atteinte, la posture peut se faire facilement. On peut expérimenter que l'énergie circule alors librement et qu'il n'y a plus de repli de la conscience dans cette zone : une énergie, un espace intérieur, une qualité de conscience ont été restitués.
Ainsi par le réveil progressif des "zones mortes" (blocages), la pratique des asana libère les tensions mentales et émotionnelles liées à des mémoires règnant dans le subconscient (cette libération peut-être consciente ou inconsciente). De ce point de vue on peut dire que la pratique des asana développe l'équanimité, l'égalité d'âme, une paix intérieure.
Il existe en Inde de nombreux hôpitaux où l'on soigne par le yoga. Le gouvernement indien en a tellement compris l'importance qu'il l'a introduit à l'école (à titre de prévention de la maladie). Il existe d'ailleurs aujourd'hui un ministère du Yoga dans le gouvernement indien. C'est que, comme les textes classiques l'affirment, le yoga n'est pas réservé aux mystiques ou à l'ermite, mais concerne chacun dans son être, son rapport au monde, sa santé.

 

VINYASA

Le mot Vinyasa renvoie à un aspect technique fondamental de la pratique, la synchronisation de la respiration et du mouvement. Ce n'est que grâce à une conscience et un contrôle fin du souffle (respiration Ujjayi) et à sa synchronisation parfaite avec les mouvements et les postures (asana) que les pratiquants avancés peuvent enchaîner sans pause les dizaines de postures constituant une série. Le principe du vinyasa, en synchronisant la respiration et le mouvement, harmonise le corps et l'esprit et optimise les capacités énergétiques.

 

RESPIRATION UJJAYI ET BANDHA

Pour contrôler la respiration, deux techniques sont nécessaires. La première sert à créer par le souffle l'énergie de la pratique. Il s'agit de la respiration Ujjayi (le victorieux en sanskrit). Dans la respiration Ujjayi, la bouche reste fermée et la respiration se fait exclusivement par les narines. La glotte est légèrement fermée, créant un doux sifflement caractéristique lorsque le pratiquant inspire ou expire. Pendant toute la pratique, la respiration doit rester lente et régulière, avec une inspiration et une expiration d'égale durée. Cette technique respiratoire, qui appartient également au pranayama, est particulièrement énergisante. Pour le débutant n'ayant pas encore purifié les différentes dimensions corporelles et énergétiques il se peut que l'énergie puissante créée par les asanas combinés avec la respiration Ujjayi produise une grande chaleur intérieure et de la sueur. Cette sueur, entraînant avec elle des toxines, purifie l'organisme et est une caractéristique de l'Ashtanga Yoga qui déconcerte souvent les pratiquants occidentaux, peu habitués à un style de yoga aussi énergique.

L'énergie créée par la respiration Ujjayi doit être contrôlée, dirigée. C'est le rôle des bandhas, qui sont de véritables "verrous énergétiques". Une image un peu grossière mais juste sur le fond de l'action du bandha serait celle d'une écluse sur un canal se combinant avec un aiguillage comme ceux des chemins de fer. Ces bandhas sont au nombre de trois, mais deux seulement sont employés de façon régulière, voire systématique, dans la pratique l'Ashtanga Vinyasa Yoga.
 
Le premier des bandhas est le Mula bandha, qui, au niveau physique, est ressenti comme une légère sollicitation des muscles du périnée (muscles situés entre l'anus et les organes génitaux). Il est souvent difficile pour le débutant d'isoler précisément les muscles qui doivent travailler, et ce n'est qu'avec une pratique régulière que cela devient possible et aisé.
 
Le deuxième des bandhas est Uddyana Bandha. Il s'agit d'une absorption des muscles abdominaux (essentiellement le muscle transverse), produisant une tension sur les organes et les amenant vers le haut, vers la cage thoracique. La version intégrale d'Udyana bandha est une combinaison de ce processus avec la mise en action intense du diaphragme. L'intensité optimum de l'Uddyana bandha (qui est un exercice à part entière en lui-même) est obtenue pendant la suspension respiratoire poumons vides.
L'Uddyana bandha utilisé pendant la pratique des asanas est bien sûr moins extrême. Il s'agit tout simplement d'une légère absorption (permanente pour les pratiquants avancés) des muscles abdominaux. Cette sollicitation de la ceinture abdominale stabilise le bassin, protégeant ainsi la colonne vertébrale. Elle garantit également une grande mobilisation de la cage thoracique. Les débutants peuvent apprendre seuls l'Uddhyana bandha en plaçant les mains sur l'abdomen, doigts de chaque côté du nombril. Si on inspire à fond, la tendance est de relâcher les muscles abdominaux et de sortir le ventre. Pour éviter cela, il faut absorber légèrement l'abdomen. Même si on inspire complètement, l'abdomen ne doit pratiquement pas bouger, le mouvement créé par l'inspiration restant dans la partie supérieure du tronc.
 
Le troisième bandha est Jalandara bandha, qui se situe au niveau de la gorge. Il n'est pas appliqué systématiquement, mais dans certaines postures, comme la chandelle, il est impossible de ne pas le pratiquer. Les deux autres bandhas doivent être maintenus tout au long de la série pour les élèves avancés qui cherchent plus de performance et de sécurité dans leur pratique. Ce sont ces bandhas qui dirigent l'énergie du souffle et ils contribuent largement à la chaleur créée par la pratique.
 
 
DRISHTI
 
Dans la pratique de l'Ashtanga Vinyasa Yoga, les yeux sont gardés ouverts. Pour chaque asana, le regard doit être dirigé de la manière prescrite sur un point focal déterminé. Ce sont les Drishtis, ou points de focalisation de l'attention visuelle et de la concentration mentale qui produisent des répercussions au niveau énergétique, prânique.
Même si c'est le cas pour le débutant, la pratique des drishti ne se réduit pas à une simple exécution formelle : regarder le bout de son nez par exemple. L'intention et la gestion de l'activité mentale sont en jeu. Cette pratique des drishtis produira les effets thérapeutiques d'un "Yoga des yeux" et des effets énergétiques et mentaux perceptibles. Elle contribue à l'optimisation de la pratique au delà du physique.
 
Il existe 9 Drishtis au total :
- Nasagrai, le bout du nez, par exemple dans Padangoustasana
- Broumadhia, le troisième œil, par exemple dans Urdhva Mukha Svanasana
- Nabi Chakra, le nombril, par exemple dans Adho Mukha Svanasana
- Hastagrai, les mains, par exemple dans Trikonasana
- Padhayoragrai, les orteils, par exemple dans Uthita Hasta Padangustasana 1
- Parva, vers la droite ou vers la gauche, par exemple dans Uthita Hasta Padangustasana 2
- Angoustamadai, les pouces, par exemple dans Urdhva Hastasana
- Urdva, vers le haut, par exemple dans Utkatasana
 
 
EN FORME DE CONCLUSION
 
L'ASHTANGA YOGA repose sur la combinaison et l'intégration progressive de toutes ces principes : c'est une pratique enchaînée d'ASANAS dans l'ordre de la SERIE, sur la forme et le rythme du VINYASA, lui-même pulsé par la RESPIRATION UJJAYI enracinée et allégée par les BANDHAS dans une continuité d'attention et de concentration favorisée par les DRISHTIS.
 
Cependant tant que la pratique de l'Ashtanga Yoga repose sur la tentative, normale pour un débutant, de juxtaposer tous ces principes dans l'objectif d'une mise en place conforme aux prescriptions techniques données par l'enseignant, quelque chose d'essentiel échappe au pratiquant consciencieux.
La compréhension et la perception de l'Ashtanga Yoga en tant que Yoga libérateur a lieu lorsque tous ces principes décrits plus haut sont vécus comme des facettes d'un tout organique.
Tous ces "éléments techniques" ne produiront pas l'unité, ils sont issus de l'unité.
 
Comment faire alors pour aborder la pratique dans l'unité, à partir de l'unité, corps-souffle-esprit ?
 
Practice, practice, practice... Cette unité apparait lorsqu'on accepte de se confronter de façon non-mentale (détendue) avec le principe d'intensité, avec sa propre intensité vécue dans la pratique.
En Yoga, et en Ashtanga Yoga, cette intensité est vécue sur le tapis lorsqu'on se donne à la pratique pleinement, avec détente, à partir de la détente.
Ainsi une forme de la technique est-elle la mise en perspective concrète, dans son vécu intime, dans un même espace et sans conflit entre eux (en moi), de la détente et de l'intensité. La détente c'est l'arrière-plan fondamental. L'intensité appartient aux circonstances qu'on accepte pleinement de rencontrer.
 
Le Yoga c'est la pratique de Yoga ; tout passe par l'expérience personnelle. C'est pourquoi on dit que c'est une science mais aussi un art.